28 octobre 2009
Les impressions d'Antoine
Antoine a eu comme devoir en Français de raconter sa rentrée en 6e. Je vous copie son texte tel qu'il l'a écrit.
On était le soir de la veille de la rentrée. J'étais pressé d'être le lendemain, pressé d'être le grand jour, mais j'étais aussi un peu stressé. Evidemment, je devais me coucher tôt si je voulais être en forme. Même que je ne voulais surtout pas être en retard, donc du coup, j'ai mis (et c'est un peu rare que je le règle) mon réveil.
Le lendemain, c'était le grand jour, dès que j'étais réveillé, j'y étais enfin. J'ai pris mon petit déjeuner, comme d'habitude (on peut dire que j'ai été plus rapide pour le prendre). Et ensuite, je suis parti de chez moi, prêt à attaquer le collège.
J'arrivais devant la porte du collège, je suis entré, puis on a annoncé les classes. J'ai une bonne classe, mais j'ai quand même quelques copains qui ne sont pas dans ma classe. On a donné les emplois du temps, puis parlé un peu du règlement.
Arrive l'après-midi, un bon après-midi, car j'ai eu la chance de participer, avec toute les autres 6e, à un jeu de piste. Chacune des équipes devait trouver une balise spécifique et répondre à la question qui s'y trouve. Mon équipe est arrivée deuxième, c'est quand même bien. Puis je suis rentré chez moi, et j'étais encore pressé, pressé du début des cours.
J'avais un temps de repos, bien sûr (vendredi, samedi et dimanche).
Arrive enfin le lundi, je pars de chez moi, puis arrivé au collège, les cours commençaient enfin. On a commencé à travailler un peu. Mais je n'étais pas très content, car on commençait par la géométrie, je n'aime pas du tout ça. Ensuite, j'ai rencontré le professeur d'histoire/géographie, qui est très sympa et très drôle à certains moments. L'après-midi, juste anglais, car la première semaine était la semaine B, du coup, j'ai terminé à 14h30.
Le mardi arrive, puis le mercredi, et j'ai commencé à remarquer que les salles n'étaient pas toujours les mêmes. Sur la première semaine, je n'avais pas encore eu l'habitude du rythme du collège, mais c'est arrivé vite. Je devais de temps en temps vérifier mon emploi du temps, pour savoir les salles, et je n'aimais pas trop, car ça me faisait beaucoup de salles à retenir. Mais avoir plusieurs professeurs, je trouvais ça bien, car au lieu d'avoir une même personne devant nous toute l'année, on a six ou sept professeurs.
Autre chose que je n'aimais pas vraiment, c'était en anglais, le professeur nous donnait pratiquement une interro par jour, ce que je n'aimais pas trop (d'ailleurs, c'est la première à nous avoir donné des interros).
Mais il y avait quelque chose que je n'aimais pas du tout, c'était la permanence. Trop de bruit, on ne peut pas se concenter, et puis une heure, c'est quand même long ! Dès la première semaine, j'ai eu une heure de permanence, le jeudi, et le lendemain, pareil ! C'était notre professeur principal, qui est notre professeur de mathématiques qui était malade. Depuis, je passe les heures de permanence dans la salle de réunion, mais dès que le CDI sera enfin ouvert (la documentaliste n'est pas là), j'y irai.
Il n'y a pas que des choses que je n'aimais pas, il y a aussi de bonnes choses au collège, qui change de l'école primaire. En fait, ce que j'aimais beaucoup, c'était de finir plus tôt que d'habitude, ou de commencer plus tard. Ce qui est d'ailleurs arrivé le lundi suivant. J'ai pu aller en cours seulement à 11h.
C'est seulement après deux semaines que je connaissait tout mes professeurs (sachant que la professeur de musique était absente la première semaine, du coup, on avait terminé à 14h30).
Après plusieurs semaines, j'ai enfin le rythme du collège, et je trouve ça super bien, surtout que je suis délégué en suppléant.
Le point après 2 mois de collège
Sylvie me demande où en est Antoine après ces 2 mois et je l'en remercie.
Effectivement, comme Augustin, Antoine a du mal à récupérer tout son capital énergétique pdt le peu de temps dont il dispose pour ça (week-end, temps de midi, soirées). A lui non plus cela ne suffit pas et les vacances sont toujours les bienvenues pour faire le plein d'énergie. Et lui aussi a plus de mal à se contrôler dans cet état de fatigue. Voici d'ailleurs ce qu'a écrit son AVS le dernier jour avant les vacances :
Anglais : C'est la 1re fois que je vois Antoine si contrarié par ses erreurs. Pourtant, il n'en fait presque pas. Il reconnaît qu'il est fatigué et ne veut plus participer. Cela commence avec le contrôle où il a obtenu 19/20. Il est très déçu de son erreur car il "savait". Il pleure, ce qui ne lui est jamais arrivé en ma présence. Sa prof a vraiment l'air de l'apprécier et elle est fine : elle fait attention à Antoine, tout particulièrement aujourd'hui et le félicite pour ses bonnes réponses.
Voilà donc comment ça se traduit pour lui. En effet, Antoine a toujours eu du mal à gérer l'échec. Il a beaucoup progressé dans ce domaine, mais là, il était trop fatigué pour gérer la frustration de ne pas avoir eu 20 (but qu'il s'était fixé), à cause d'une erreur qu'il aurait pu éviter (un comble pour lui). Ici, ce n'est pas seulement l'échec qui était en cause, mais aussi le fait que ça ne se soit pas passé comme il l'avait prévu. D'où l'intérêt de lui fixer des objectifs à l'avance, différents des siens, donc revus à la baisse.
Je tiens aussi à souligner que son enseignante a très bien réagi, ce qui a beaucoup aidé Antoine à se reprendre. Si en face de lui, l'enseignante n'avait pas compris ce qui causait sa contrariété et l'avait réprimandé, si elle n'avait pas saisi les occasions de le valoriser, cela aurait pu dégénérer en grosse colère. D'où l'importance d'avoir bien informé les enseignants avant la rentrée sur le fonctionnement d'Antoine.
A part ça, son bulletin de notes de mi-trimestre est excellent ! J'espère que sa maîtresse de Petite Section de Maternelle qui m'avait affirmé qu'il ne saurait jamais lire ni écrire lira un jour ce blog...
15 septembre 2009
Le capital énergétique
Ce terme n'est pas de moi mais de Stéf, qui est la vice-présidente de l'association Satedi (http://www.satedi.org/).
Chaque personne possède un capital d'énergie journalier qui lui est particulier. Chez les personnes TED, ce capital est dépensé beaucoup plus rapidement que celui d'une personne ordinaire. Il est donc important de faire des économies tout au long de la journée afin de pouvoir la terminer dans de bonnes conditions. En effet, quand l'énergie a déjà été utilisée entièrement, l'auto-contrôle est beaucoup plus difficile, voire impossible, et c'est là que l'on verra apparaître des comportements inappropriés.
Un exemple :
Jeudi dernier au collège, Antoine a dépensé une bonne partie de son capital dans la matinée. Pour commencer, il a eu une séance de sport de 2h. Au programme : hand-ball. Si vous avez lu le passage sur les crises de panique (2), vous savez qu'Antoine a des difficultés à se contrôler pendant les jeux de ballons. Lors de cette séance il y est bien parvenu : il s'est énervé 2 fois, mais à chaque fois il s'est arrêté de jouer pour s'isoler et se calmer, ce qui lui a permis de retourner jouer ensuite. Cela lui a demandé une quantité importante de son capital.
Séance de sport = grosse dépense d'énergie (dépense physique + auto-contrôle important)
Ensuite, un événement inattendu : l'absence du professeur de maths, donc 1h de permanence imprévue.
Changement de dernière minute = dépense d'énergie supplémentaire.
Puis découverte de la permanence, où il y a énormément de bruit et de mouvement. Antoine a pu rester dans la salle grâce aux bouchons d'oreille qu'il a toujours dans son cartable (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Musicians_earplugs.jpg).
Stimulations sonore et visuelle importantes = dépense d'énergie.
Résultat : Quelques gros mots au cours de Français qui suivait et il s'est endormi vers la fin du cours.
Il a tout de même pu continuer la suite de l'emploi du temps de l'après-midi car il rentre déjeuner à la maison, ce qui lui a permis de se reposer un peu. De plus, il n'avait plus qu'1h de cours, heureusement, car la fin de la journée a été assez difficile jusqu'au coucher.
Comment économiser ce capital ?
- En anticipant les événements : structuration du temps et de l'espace
- En évitant les stimulations sensorielles trop importantes : utilisation de bouchons d'oreille, installation de l'élève plutôt au 1er rang, près d'un mur sans trop d'affiches, réduction des bruits des chaises, etc.
- En adaptant les exigences : l'effort demandé doit être à la mesure de ce que l'enfant TED peut faire = adapter les exercices, le plus souvent en quantité, et lui donner les moyens de les réussir à l'aide d'exemples, de modèles
- Et surtout en acceptant la différence de l'enfant TED. Si l'enseignant de sport n'avait pas accepté qu'Antoine aille s'isoler et s'il l'avait réprimandé pour s'être énervé, c'est certain qu'il allait droit à un gros problème de comportement. Cet enseignant étant prévenu de la stratégie d'Antoine pour se contrôler, il l'a laissé faire et tout s'est bien passé. Si la séance s'était mal terminée à cause de l'incompréhension, Antoine aurait dépensé tout son capital et ne se serait plus contrôlé du tout pour le restant de la journée.
10 septembre 2009
Quelques nouvelles
A la demande de Sylvie, que je remercie, je viens vous donner quelques nouvelles.
Tout d'abord, tout se passe au mieux pour le moment. Antoine est HEUREUX d'aller au collège, il fait plaisir à voir. D'ailleurs, le voici au départ le jour de la rentrée. Il y va à pied car le collège est tout près et seul car il ne veut pas que je l'accompagne. Enfin, presque seul, car sa soeur aînée a cours aux mêmes horaires que lui le matin. Ils partent donc ensemble, mais arrivent séparément, car grande soeur ne veut pas qu'on sache qu'elle a un petit frère (ah ! l'adolescence...).
Notre organisation avec l'ordinateur fonctionne bien. Antoine adore la plupart des matières mais, comme au primaire, déteste les devoirs à la maison. Il les fait tout de même, sur une forte incitation de ma part. Pour le moment il n'y en a pas trop, ça va, mais je sais que ça va augmenter.
Nous avons tout de même eu un souci, et c'est ce qui m'a pris beaucoup de temps depuis lundi, c'est que notre AVS privée a voulu nous lâcher du jour au lendemain, pour des raisons familiales. Je l'ai convaincue de rester tout de même cette semaine, le temps de lui trouver une remplaçante, ce qui est pratiquement fait. Ouf !
Ma seule inquiétude, c'est la fatigabilité d'Antoine. En effet, pour pouvoir s'insérer aussi bien, il fait beaucoup d'efforts, ce qui le fatigue plus qu'un enfant ordinaire. Hier soir, après 3 jours d'emploi du temps, dont 2 matins lever à 7h, il était dans un état d'énervement indescriptible. Il s'est donc couché beaucoup plus tôt que d'habitude pour récupérer et, ce matin, il est parti tout content et même en avance tellement il était pressé d'y retourner ! Pourvu que ça dure...
02 septembre 2009
Préparation de l'entrée en 6e d'Antoine (2)
Aujourd'hui, nous sommes à la veille de la rentrée scolaire d'Antoine. Tout est prêt pour que son entrée au collège se passe au mieux.
Il va être accompagné par 2 AVS à mi-temps, comme je le souhaitais (voir l'article précédent sur ce sujet) : son AVS préféré des années précédentes, Cyril, et une AVS privée, les 2 supervisés par une psychologue formée aux TED, sous couvert de l'association "Les 1res Classes" (http://www.lespremieresclasses.fr/action.php). L'accompagnement idéal donc puisqu'il sera à temps plein et vraiment spécialisé dans les TED.
Ce matin, était organisée une réunion avec les professeurs. J'y étais seule, les autres intervenants n'étant pas disponibles. J'ai été très touchée de voir l'intérêt que tous portent à Antoine. D'abord, ils étaient tous présents à cette réunion + la Principale, la CPE, les surveillants, l'infirmière scolaire, l'assistante sociale et d'autres enseignants intéressés en prévision des années suivantes. Tous étaient très à l'écoute et soucieux de bien faire. Je mesure à quel point nous sommes chanceux, car c'est loin d'être ainsi partout ! Quel soulagement !
Voici les documents que je leur ai présentés :
- pour l'organisation autour de l'ordinateur, un guide écrit par des ergothérapeutes : http://aadr.free.fr/spip.php?article295
- pour la connaissance du syndrome d'Asperger, un guide de l'association Aspergeraide, qui correspond tout à fait au profil d'Antoine : http://www.aspergeraide.com/content/view/136/35/lang,fr/
- et un texte que j'avais rédigé sur les difficultés d'Antoine :_media_sda3_Antoine_CR_Principales_diff
Cette entrée au collège va se faire dans de très bonnes conditions. Je vous reconterai ce que ça donne dans la pratique. Bien sûr il y aura des difficultés, mais une bonne communication entre tous les intervenants devrait permettre de réagir et de mettre en place les bonnes stratégies au fur et à mesure des événements.
27 août 2009
Les difficultés alimentaires
Beaucoup de personnes TED ont des difficultés alimentaires. Il y a ceux qui ne mangent pas assez, ceux qui mangent trop, ceux qui sont très sélectifs, ceux qui ne le sont pas assez. Plusieurs raisons à cela :
- des raisons sensorielles,
- des problèmes de praxies,
- la peur de goûter ce qui est nouveau,
- la rigidité,
- et sans doute d'autres...
Le sensoriel
- Certains ne ressentent pas la satiété (hyposensibilité) et vont donc remplir leur estomac au maximum, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place du tout. Pour éviter cela, on peut proposer un menu très précis avec des quantités à respecter (nombre de cuillères, nombre de morceaux, etc.). Et pour finir de remplir l'estomac, on peut compléter avec de l'eau.
- D'autres ont des problèmes d'hypersensibilité au niveau du goût ou/et de l'odorat (voir les pages sur les difficultés sensorielles). Ceux-là vont être très sélectifs et préférer les aliments plutôt fades. Les personnes hyposensibles, au contraire, vont manger toutes sortes d'aliments, et même parfois ce qui ne se mange pas (attention aux produits dangereux).
- L'hyposensibilité de la sphère buccale va avoir aussi une influence sur la taille des bouchées. C'est pourquoi certains vont se remplir la bouche au maximum et à toute vitesse avant d'avaler puisqu'ils ne sentent pas bien à quel point elle est remplie. On peut stimuler doucement cette zone à l'aide de brosses souples ou même une brosse à dents électrique. Au moment du lavage de dents, on peut utiliser la brosse également sur la langue et à l'intérieur des joues. Une autre stimulation peut se faire avec le jet de la douche : il suffit d'ouvrir la bouche et d'y diriger le jet (l'eau n'est pas avalée, elle ressort toute seule puisque la bouche reste ouverte). Je connais plusieurs enfants TED, dont mon fils, qui ont trouvé tout seuls cette manière de faire.
Les praxies
Certains ont des difficultés à mâcher correctement et suffisamment. Comme c'est long et fatiguant, ils vont quasiment avaler leurs aliments. Une rééducation des muscles de la sphère buccale peut se faire en orthophonie. Sinon, on peut trouver des exercices et des jeux pour faire travailler cette partie du visage.
Par ex., comme ici : http://www.oppa-montessori.net/nos_rubriques/livres_pour_enfants/livres_pour_enfants.php ou ici : http://www.hoptoys.fr/AMUZ_BOUCHE-p-2475-c-296_297.html
On peut aussi compter le nombre de fois où l'on mâche à chaque bouchée. C'est assez fastidieux, mais ça vaut la peine de le faire, même si c'est seulement de temps en temps.
La peur de goûter
Les personnes TED n'aiment pas les changements, alors ajouter un nouvel aliment peut déjà être en soi un problème. Ensuite, cet aliment risque de donner de nouvelles sensations au niveau du goût, de la texture, et même de la couleur, ce qui peut entraîner des nausées et même des vomissements. Goûter est donc souvent à haut risque !
La rigidité
Certains préfèrent manger le même aliment au même repas. Ainsi, les pommes de terre servies le soir ne peuvent pas forcément être mangées le midi. Attention donc à ne pas laisser s'installer cette rigidité en pensant, si c'est possible, à varier le moment où sont servis les aliments, même s'il y en a peu. Ainsi, si l'accompagnement de la viande se limite à pommes de terre, riz, pâtes, penser à alterner de manière à ce qu'ils soit servis à différents repas. Et puis, varier également les formes ou les couleurs, et même les marques, si ce n'est pas déjà trop tard... Car une fois la rigidité installée, il est encore plus difficile d'introduire de nouveaux aliments.
Quelques stratégies
Parfois, la seule présence sur la table d'un aliment nouveau ou que la personne autiste n'aime pas va l'empêcher de manger. Sa vue ou son odeur peuvent suffire à lui provoquer des nausées. Intégrer de nouveaux aliments aux repas va donc être très difficile.
Il existe quelques stratégies, qui demandent beaucoup de patience car il va falloir procéder par micro-étapes, comme pour beaucoup d'apprentissages.
Par ex., pour l'habituer à la présence d'un aliment sur la table, on va poser celui-ci à une distance suffisante pour qu'il soit supporté. Puis on va progressivement réduire cette distance, jusqu'à le poser sur le bord de son assiette. Quand ça sera acquis, on pourra envisager de seulement poser un petit morceau sur la langue qui sera recraché ensuite. L'étape suivante sera de le poser et de mordre dedans sans l'avaler, puis de mâcher plusieurs fois toujours sans avaler, puis étape ultime : le manger pour de bon ! Bien sûr, à chaque fois, ne pas oublier les félicitations ou même une récompense car l'effort est vraiment très important.
Personnellement, nous n'en sommes pas là et il nous a fallu plusieurs années pour arriver à "mordre 1 fois sans avaler".
Attention donc à ne pas être trop exigeants dans cet apprentissage pour ne pas mettre trop de pression. Les repas doivent rester agréables. Il est possible de ne mettre en place cette stratégie que de temps en temps, pas à tous les repas. A chacun de doser en fonction des résultats et de l'effort que ça représente pour la personne.
Il ne faut pas non plus s'attendre à un résultat optimal, il ne faut parfois compter que sur une petite amélioration.
17 mai 2009
Les difficultés sensorielles (2)
Comme me l'a demandé un papa de Martinique, voici quelques informations supplémentaires à propos des difficultés sensorielles.
Avant de lire la suite, il vaut mieux d'abord se reporter au 1er article sur ces difficultés et également celui sur les stéréotypies (janvier 2009 dans les archives), car ici je vais aborder uniquement les moyens pratiques pour y répondre.
Les stratégies sont les suivantes :
- Adapter l'environnement : il s'agit d'atténuer la stimulation sensorielle en cas d'hypersensibilité ou au contraire de l'accentuer en cas d'hyposensibilité
Quelques exemples, qui sont à mettre en place en fonction des réactions observées :
- au niveau visuel : pour une hypersensibilité, atténuer l'éclairage d'une pièce, porter des lunettes de soleil, diminuer le champ de vision à l'aide d'une casquette à visière, atténuer le nombre d'informations visuelles sur une page à l'aide d'un cache, atténuer l'intensité d'une page blanche en la glissant dans une pochette transparente de couleur, donner comme support un papier de couleur au lieu d'une page blanche, ne pas encombrer la table de travail d'objets inutiles ;
pour une hyposensibilité : incliner la table de travail ou la surface de lecture, surligner les informations importantes, bien espacer les textes et les consignes pour les mettre en valeur, utiliser des supports visuels pour l'organisation ;
- au niveau auditif (hypersensibilité) : prévoir des tapis sous les tables et les chaises, prévoir un casque ou des bouchons d'oreille ; il existe des casques qui filtrent les sons ambiants tout en laissant percevoir la voix, comme celui-ci : http://www.bosefrance.fr/FR/fr/home-entertainment/personal-audio/headphones/acoustic-noise-cancelling-headphones/index.jsp, très efficace, mais très cher... ; moins efficace, mais peut suffire : un simple casque de chantier ;
pour les bouchons d'oreilles, il y a ceci, prévu au départ pour les musiciens, qui est tout de même plus abordable : http://www.irma.asso.fr/Pianissimo-S20 ; certains, plus onéreux, peuvent être fabriqués sur mesure ;
l'utilisation de ce matériel doit être limitée pour ne pas créer de dépendance ; le mieux est de ne l'utiliser que ponctuellement, dans certaines circonstances comme dans les lieux publics bruyants, à l'école pendant une évaluation par ex.
- au niveau du toucher (hypersensibilité) : éviter certaines textures de vêtements, voire doubler les vêtements d'une texture acceptable, enlever les étiquettes, éviter de toucher la personne en la frôlant (il vaut mieux un toucher bien franc), choisir un stylo ou un crayon adapté à la sensibilité ;
- Stimuler et désensibiliser
La stimulation concerne les personnes hyposensibles, la désensibilisation les personnes hypersensibles. On va donc stimuler pour répondre à un besoin d'augmenter une sensibilité déficiente, mais on va aussi stimuler, d'une manière la plus légère possible en augmentant petit à petit, afin que la sensation puisse se réguler progressivement. Dans les deux cas, il ne faut pas compter résoudre complètement la difficulté, mais seulement la réduire. Il faut également se souvenir que ces difficultés peuvent être fluctuantes et qu'il faut observer continuellement les comportements de la personne pour s'adapter à ses besoins.
C'est donc le même matériel qui va être utilisé, la différence étant l'intensité et la durée de son utilisation.
Voici donc quelques exemples :
- Stimulations visuelles : tout objet brillant, à reflets ou avec des petites lumières, kaléidoscope, supports rayés, gros ressorts souples
- Stimulations tactiles : balles de textures différentes, peinture à doigt, pâte à modeler, bacs de farine, sable, eau, lentilles pour manipulations, massages ; pour la sphère bucale : chewy tubes, objets à mordiller, massages de la langue avec une brosse à dent, faire des bulles, souffler dans une paille, jouer de l'harmonica, sifflets
- Stimulations proprioceptives : trampoline, faire la brouette, se suspendre à des barres, se serrer dans une couverture, ramper, marcher à 4 pattes
- Stimulations vestibulaires : se balancer, glissades (toboggan), rollers
Dans certains pays, comme le Canada ou les Etats-Unis, ce sont les ergothérapeutes qui sont formés à l'intégration sensorielle pour les personnes autistes. Malheureusement ça ne se pratique pas encore en France, sauf par quelques ergothérapeutes qui sont allé se former à l'étranger et il y en a peu. L'autre possibilité est de se former soi-même chez EDI Formation : http://autismeformation.free.fr/stages/f28.htm et d'acheter des ouvrages sur le sujet, en anglais...
03 avril 2009
Les gros mots
Comme toutes les personnes avec TED, Antoine ne mesure pas bien la signification des gros mots et leur impact sur les autres. Par contre, il a bien compris que ça servait à insulter et n'hésite pas à les utiliser dès qu'il perd le contrôle. Et il peut les utiliser avec n'importe qui, n'importe où !
Pour qu'il comprenne mieux le sens de ces gros mots, c'est un peu comme pour les expressions, il faut les lui expliquer. Hier, en me promenant, je suis tombée sur ce livre, que je me suis empressée d'acheter !

Ce livre est rigolo et va nous être très utile ! En effet, pour chaque gros mot, on peut lire son origine, sa signification au sens littéral, sa signification en tant que gros mot et aussi, c'est ce qui est le plus intéressant, des synonymes dans le registre courant et dans le registre soutenu.
Ainsi (j'en choisi un pas trop vulgaire...), pour "morveux", on trouve comme synonyme "trou du c.l", et comme alternative en registre courant "gamin", et en registre soutenu "cerveau en devenir".
J'ai acheté ce livre pour qu'Antoine trouve à remplacer ses gros mots les plus vulgaires (il en a un paquet à son répertoire je peux vous l'assurer) par d'autres plus acceptables socialement. J'espère tout de même qu'il ne va pas en profiter pour élargir ce répertoire ! ...
21 mars 2009
Educa-ted
C'est le nom du nouveau site que je viens d'ouvrir.
20 mars 2009
Les scénarios sociaux
Les scénarios sociaux ont été mis au point par une orthophoniste, Carol Gray. Il s'agit de petites histoires, écrites ou en images, destinées à améliorer la compréhension d'une situation sociale.
Il faut se souvenir que les personnes avec TED ont des difficultés à comprendre le langage non verbal et des difficultés à anticiper l'impact de leurs actes ou de leurs paroles sur leur interlocuteur. Ces scénarios vont donc leur permettre de mieux comprendre les événements à venir qu'ils n'ont pas encore vécu ou les événements passés pour lesquels ils ont eu des réactions inappropriées.
Tout le monde peut écrire des scénarios sociaux, à condition d'avoir bien décortiqué auparavant la situation que l'on va aborder et de bien les adapter au niveau de la personne. Il s'écrivent généralement à la 1re personne. On commencera par décrire la situation, puis le comportement que l'on cible, et enfin la réaction des autres personnes, sans oublier le bénéfice qu'il y aura à appliquer ce scénario.
En voici quelques exemples :
Celui-ci est destiné à un enfant verbal et lecteur, dont l'intérêt particulier se porte sur les trains.
Bavarder à la récréation
- A la récréation, j'aime bien parler des trains avec les autres enfants.
- Les autres enfants n'aiment pas que je parle tout le temps de la même chose.
- Quand je parle trop longtemps des trains, ils s'ennuient et s'en vont plus loin, ou ils se moquent de moi.
- Quand je veux bavarder avec les autres enfants, je peux essayer :
- de parler d'autre chose que des trains : de mes animaux, du sport à la télé par exemple,
- de leur poser des questions sur ce qu'ils aiment,
- d'écouter leurs réponses,
- de répondre à leurs questions ou de leur poser d'autres questions.
- Souvent, les autres enfants aiment qu'on leur parle de ce qu'ils aiment ou de ce qu'ils connaissent
- Les autres enfants aiment aussi parler de ce qui leur plaît.
- C'est agréable de parler de sujets différents avec les autres.
Le suivant est illustré. C'est la maman d'Augustin qui l'a fabriqué (voir son blog dans la colonne de droite) et il convient même aux enfants non-lecteurs.
On peut aussi en faire dans le style mode d'emploi en photos (je ne sais plus à qui j'ai emprunté ce fichier, que l'auteure se fasse connaître pour que je la cite) :
Et puis, il en existe de tout prêts dans les magazines pour enfants, où on trouve souvent des petites BD. Elle ne sont pas prévues pour ça, mais peuvent très bien faire office de scénario social. Je pense à la famille Choupignon dans Pomme d'Api (Bayard Presse), Pic la Panique et Pic l'Esprit pratique dans Astrapi, aux livres de Max et Lili, entre autres. Pour les plus petits, il y a les livres de Petit Ours Brun également, les Choupi et bien d'autres. Ce que j'aime bien dans les magazines, c'est que les histoires suivent les saisons et qu'elles sont donc d'actualité.
On trouve des livres de scénarios écrits spécialement pour les TED. Carol Gray en a écrit bien sûr. J'aime bien celui-ci également, qui est en anglais, mais que l'on peut comprendre et traduire tout de même facilement, car il est accompagné de photos :
On peut très bien aussi choisir le passage d'un film que l'on va montrer et commenter.
Vous l'aurez compris, les scénarios sont encore un moyen visuel pour nos enfants d'apprendre ce que les autres savent intuitivement. Et plus ils apprennent, mieux ils s'insèreront dans le milieu ordinaire.




