Beaucoup de personnes TED ont des difficultés alimentaires. Il y a ceux qui ne mangent pas assez, ceux qui mangent trop, ceux qui sont très sélectifs, ceux qui ne le sont pas assez. Plusieurs raisons à cela :
- des raisons sensorielles,
- des problèmes de praxies,
- la peur de goûter ce qui est nouveau,
- la rigidité,
- et sans doute d'autres...

Le sensoriel
- Certains ne ressentent pas la satiété (hyposensibilité) et vont donc remplir leur estomac au maximum, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place du tout. Pour éviter cela, on peut proposer un menu très précis avec des quantités à respecter (nombre de cuillères, nombre de morceaux, etc.). Et pour finir de remplir l'estomac, on peut compléter avec de l'eau.
- D'autres ont des problèmes d'hypersensibilité au niveau du goût ou/et de l'odorat (voir les pages sur les difficultés sensorielles). Ceux-là vont être très sélectifs et préférer les aliments plutôt fades. Les personnes hyposensibles, au contraire, vont manger toutes sortes d'aliments, et même parfois ce qui ne se mange pas (attention aux produits dangereux).
- L'hyposensibilité de la sphère buccale va avoir aussi une influence sur la taille des bouchées. C'est pourquoi certains vont se remplir la bouche au maximum et à toute vitesse avant d'avaler puisqu'ils ne sentent pas bien à quel point elle est remplie. On peut stimuler doucement cette zone à l'aide de brosses souples ou même une brosse à dents électrique. Au moment du lavage de dents, on peut utiliser la brosse également sur la langue et à l'intérieur des joues. Une autre stimulation peut se faire avec le jet de la douche : il suffit d'ouvrir la bouche et d'y diriger le jet (l'eau n'est pas avalée, elle ressort toute seule puisque la bouche reste ouverte). Je connais plusieurs enfants TED, dont mon fils, qui ont trouvé tout seuls cette manière de faire.

Les praxies
Certains ont des difficultés à mâcher correctement et suffisamment. Comme c'est long et fatiguant, ils vont quasiment avaler leurs aliments. Une rééducation des muscles de la sphère buccale peut se faire en orthophonie. Sinon, on peut trouver des exercices et des jeux pour faire travailler cette partie du visage.
Par ex., comme ici : http://www.oppa-montessori.net/nos_rubriques/livres_pour_enfants/livres_pour_enfants.php ou ici : http://www.hoptoys.fr/AMUZ_BOUCHE-p-2475-c-296_297.html
On peut aussi compter le nombre de fois où l'on mâche à chaque bouchée. C'est assez fastidieux, mais ça vaut la peine de le faire, même si c'est seulement de temps en temps.

La peur de goûter
Les personnes TED n'aiment pas les changements, alors ajouter un nouvel aliment peut déjà être en soi un problème. Ensuite, cet aliment risque de donner de nouvelles sensations au niveau du goût, de la texture, et même de la couleur, ce qui peut entraîner des nausées et même des vomissements. Goûter est donc souvent à haut risque !

La rigidité
Certains préfèrent manger le même aliment au même repas. Ainsi, les pommes de terre servies le soir ne peuvent pas forcément être mangées le midi. Attention donc à ne pas laisser s'installer cette rigidité en pensant, si c'est possible, à varier le moment où sont servis les aliments, même s'il y en a peu. Ainsi, si l'accompagnement de la viande se limite à pommes de terre, riz, pâtes, penser à alterner de manière à ce qu'ils soit servis à différents repas. Et puis, varier également les formes ou les couleurs, et même les marques, si ce n'est pas déjà trop tard... Car une fois la rigidité installée, il est encore plus difficile d'introduire de nouveaux aliments.

Quelques stratégies

Parfois, la seule présence sur la table d'un aliment nouveau ou que la personne autiste n'aime pas va l'empêcher de manger. Sa vue ou son odeur peuvent suffire à lui provoquer des nausées. Intégrer de nouveaux aliments aux repas va donc être très difficile.

Il existe quelques stratégies, qui demandent beaucoup de patience car il va falloir procéder par micro-étapes, comme pour beaucoup d'apprentissages.

Par ex., pour l'habituer à la présence d'un aliment sur la table, on va poser celui-ci à une distance suffisante pour qu'il soit supporté. Puis on va progressivement réduire cette distance, jusqu'à le poser sur le bord de son assiette. Quand ça sera acquis, on pourra envisager de seulement poser un petit morceau sur la langue qui sera recraché ensuite. L'étape suivante sera de le poser et de mordre dedans sans l'avaler, puis de mâcher plusieurs fois toujours sans avaler, puis étape ultime : le manger pour de bon ! Bien sûr, à chaque fois, ne pas oublier les félicitations ou même une récompense car l'effort est vraiment très important.

Personnellement, nous n'en sommes pas là et il nous a fallu plusieurs années pour arriver à "mordre 1 fois sans avaler".

Attention donc à ne pas être trop exigeants dans cet apprentissage pour ne pas mettre trop de pression. Les repas doivent rester agréables. Il est possible de ne mettre en place cette stratégie que de temps en temps, pas à tous les repas. A chacun de doser en fonction des résultats et de l'effort que ça représente pour la personne.

Il ne faut pas non plus s'attendre à un résultat optimal, il ne faut parfois compter que sur une petite amélioration.