Je trouve enfin un petit moment pour revenir. Les vacances de Noël, comme toutes les vacances, sont toujours très occupées par la gestion du temps des enfants et je n'ai pas été beaucoup disponible ces derniers jours. J'espère que vous ne vous êtes pas trop impatientés.

Aujourd'hui, je vais revenir sur les crises de panique, toujours impressionnantes et difficiles à gérer.

Il y a 3 axes d'intervention : avant, pendant et après.
En gros, "avant" va permettre de prévenir, "pendant" de gérer, "après" de comprendre et enseigner.

Avant Il s'agit surtout d'adapter l'environnement, en fonction du niveau de compréhension de l'enfant, pour diminuer l'apparition de ces crises :
- structuration du temps et de l'espace pour qu'il puisse mieux comprendre et anticiper les événements à venir, à l'aide d'un emploi du temps par exemple ;
- certains aménagements pour limiter de trop fortes stimulations sensorielles (comme un lieu trop bruyant);
- lui donner les moyens de s'exprimer, surtout s'il n'est pas verbal ;
- mettre au point avec lui une stratégie pour se calmer rapidement en cas de panique : ça peut être souffler en comptant jusqu'à 10, malaxer une balle souple, aller s'isoler dans un endroit calme, taper sur un ballon ou un coussin, tout ce qui peut l'aider à se relaxer.

Pendant, je l'ai déjà évoqué précédemment. Il s'agit de comment réagir ou ne pas réagir pour aider l'enfant à se calmer.

Après Il s'agit d'enquêter objectivement sur ce qui a provoqué la crise d'angoisse. Objectivement signifie ici concrètement, c'est-à-dire ne pas interpréter la situation à notre façon, comme pour nous-mêmes. Il faut se souvenir que les enfants TED n'ont pas le même fonctionnement que nous et qu'ils ne vont pas forcément réagir de la même façon que nous dans une même situation. Cela suppose donc de bien connaître ce fonctionnement, en plus de bien connaître l'enfant lui-même.
Une fois que nous avons compris quel était l'événement déclencheur (objet d'un prochain chapitre), car il y en a toujours un, nous allons pouvoir expliquer la situation, et trouver avec l'enfant comment il aurait pu réagir, ceci à l'aide d'outils, toujours adaptés à son niveau. On va le plus souvent utiliser des scénarios sociaux (chapitre à venir), soit écrits soit en images, ou même les deux, de manière à ce qu'ils soient compréhensibles. Ainsi, si cet événement déclencheur réapparaît, une solution de remplacement à la panique sera prévue.

Bien sûr, ça n'est pas aussi simple, il faut pour que l'enfant ait accès à cette solution de remplacement qu'il soit arrivé à contrôler ses émotions (encore un chapitre à venir...), ce qui n'est pas sans difficulté pour lui. Et puis, il ne va pas penser dès la fois suivante à utiliser cette stratégie, il faudra la lui rappeler au moment opportun, quand il se contrôle encore, parfois d'un signe prévu d'avance ou à l'aide d'un picto. Ceci est une affaire d'habitude, pour lui, comme pour son accompagnant et ne sera efficace que si c'est pratiqué régulièrement et de la même manière avec toutes les personnes qui l'accompagnent. Et si ça ne marche pas, c'est qu'il faut trouver une autre solution, plus adaptée. Et être patient, car c'est quelque chose qui peut mettre du temps pour être efficace.

Il est important également d'encourager l'enfant en le félicitant à chaque progrès, même petit. Et même, je dirais à chaque effort qu'il a fourni, quel que soit le résultat. L'encourager va le motiver à continuer à faire des efforts et chaque réussite va lui renforcer son estime de soi, ce qui n'est pas négligeable, surtout pour un enfant TED.

Pour être plus claire, je vais vous parler des difficultés d'Antoine à perdre aux jeux, que ce soit jeux de société ou au sport.

La stratégie qui a été adoptée pour lui au sport, c'est qu'il aille se mettre à l'écart dès qu'il sent qu'il perd le contrôle.
Pour cela, il a fallu lui enseigner auparavant comment reconnaître cette perte de contrôle. Dès qu'il en reconnaît les signes physiques, il va se calmer, de lui-même ou sur l'incitation de son AVS quand c'est à l'école, dans un endroit où il n'y a personne. L'important est surtout de ne pas lui parler, de le laisser faire. Sinon il risque de s'enflammer car sa compréhension de la situation est faussée à ce moment-là et tout ce qu'on peut lui dire ne fait que le faire déraper. Quand il sent qu'il est à nouveau capable de son contrôler, il peut retourner jouer. Et ainsi de suite. 
Il a fallu également comprendre pourquoi la difficulté de perdre était aussi importante pour lui. On a fini par comprendre que, pour lui, l'intérêt du jeu était uniquement dans le fait de gagner. Le fait de jouer avec d'autres, d'interagir lui procure du plaisir mais il ne l'avait pas remarqué. Il a donc fallu lui enseigner à chaque fois qu'il semblait content, ou qu'il riait, que c'était agréable et plaisant. Et que c'était ça le but du jeu : prendre plaisir à jouer avec d'autres.
Cette stratégie fonctionne assez bien, mais surtout, il la pratique depuis plusieurs années et est, au fil du temps, de plus en plus efficace. Il y a encore des ratés bien sûr, car il faut prendre en compte aussi son état de fatigue. D'ailleurs, c'est lui qui détermine avant chaque match, s'il participe ou non. S'il pense ne pas être en état de se contrôler, il préfère ne pas jouer et, dans ce cas, l'idéal est de lui faire faire l'arbitre. Il sait faire ça très bien (apprendre des règles ça le connaît !) et c'est tout de même valorisant.

Ses progrès lui ont permis de faire partie d'une équipe de basket et également de jouer à nouveau à des jeux de société, ce qui n'était plus possible à une époque.